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7 février 2018

Episode 19 – Matahibou

             J’ai une liste de rêves organisés comme suit : réalisés, en cours, à réaliser. Je viens d’en basculer un autre dans la très longue colonne des rêves accomplis. Ce week-end MON professeur de danse tahitienne est à Venelles pour un stage de deux jours. Je dis MON professeur parce que si j’enseigne aujourd’hui, c’est grâce à lui. C’est lui qui a écouté mes questions et pris le temps d’y répondre, c’est lui qui m’a décortiqué les mouvements de danse tahitienne en 2011, c’est lui qui m’a montré comment corriger les principaux défauts que je rencontrais chez mes danseuses. C’est un excellent pédagogue au caractère bien trempé, c’est un homme droit, sévère mais juste. C’est un danseur exceptionnel avec un fa’arapu de dingue et une grâce d’une autre galaxie. C’est un chorégraphe incroyable, et un tortionnaire, il faut le dire. Mes élèves en entendent parler depuis… toujours. Mahinui Tau.

             Il est là. Il est enfin là. Après six longues années à rêver de le faire venir pour un stage, il est là. Il est près de moi pour mon cours à Aix. Il rajoute ses petits commentaires, il rit avec nous, les filles voient dans ses yeux la malice et la sévérité que j’affectionne tant. Quel bonheur. Maman avait un peu oublié le personnage, ils ne se sont pas revus depuis des années, mais je savais que ça allait le faire. Soirée posée. Cours particulier en quatrième vitesse. J’ai des bribes de Tahiti qui surgissent. Etre élève, ça change tout. Je me revois dans la salle de danse de Tamariki Poerani. Je suis en cours particulier avec Shelby qui me demande de faire une improvisation sur l’amour et je m’effondre en larmes. Non, certains événements ne sont toujours pas lâchés. Je danse finalement “le coeur brisé”. Une respiration. Je reviens à ce que Mahinui me demande. Ah oui oui, je fléchis d’avantage. Mes quadriceps putain… Mais quel plaisir de se laisser guider par un professeur. J’avais hâte ce week-end, hâte d’être élève pendant dix heures. J’avais encore plus hâte d’être élève avec mes élèves. Je vais enfin être avec mes copines, au même rang qu’elles. Je lâche le masque de prof, je lâche mes savoirs, je me concentre sur ma danse et sur mon groupe en tant que simple danseuse.

             Conversation jusqu’au bout de la nuit. Chalala et papotages. Valeurs. Ca fait du bien de pouvoir en parler avec un autre professeur, un autre directeur d’école. On est d’accord sur tellement de points. Anecdotes de cours. Eclats de rire. Ca fait longtemps que je n’avais pas entendu maman reprendre son accent tahitien. Mon coeur se serre. J’entends les copains. Je me revois là-bas. Vous me manquez… Matahibou tu me manques.

Samedi 13 Janvier 2018

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