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7 février 2018

Episode 20 – Journal d’une émotive

             Mais voilà, en métropole, quand tu rentres à une heure du matin chez toi, tu ne peux pas entendre de coqs chanter. Pas dans le centre ville de Toulon. Alors tu téléphones aux copains du fenua, tu demandes dans quel groupe ils pensent faire le Heiva cet été, et tu l’entends, ton coq. Il y a certains détails que tu ne peux comprendre qu’en ayant été là-bas, et avec quatre mois de retard, ce matin, mes larmes sont sorties. Mieux vaut tard que jamais.

             Je suis rentrée de Tahiti fin août 2017, et j’ai tout enchaîné. Retrouver les bases de ma famille, renouer avec mes amis, apprivoiser Toulon, le Heiva i Paris, la reprise de mes cours de danse – qui comprenait bon nombre de mises au point suite à mon absence prolongée -, un éloignement, un déménagement, mes stages, une rupture, me retrouver. Je n’ai pas eu le temps de pleurer Tahiti… La tristesse n’est pas un problème, c’est une information envoyée au cerveau pour nous faire réagir (cf “Et tout le monde s’en fout” sur les émotions). La tristesse me dit que mon premier voyage à Tahiti est terminé et que je peux maintenant construire la suite. Quatre mois plus tard, il était peut-être temps… Merci mon coeur.

             La danse permet à mon âme de s’exprimer. Je ne contrôle plus rien, ni mes sourires, ni mes larmes, ni la tristesse de mes yeux, ni l’amour que je ressens dans mon plexus solaire. Sur la piste, sur la scène ou en tant qu’élève, mon corps réagit et s’expose. Mahinui demande des gestes extrêmement lents pour améliorer notre grâce. Maman murmure une chanson, il propose de la mettre. Et la musique “Haere mai” des “Révoltés du Bounty” s’élève dans la salle de danse. Oh mon dieu, je vais me mettre à pleurer. Voilà… Une larme coule. Je continue à danser. Que se passe-t-il ? J’ai la voix de Shelby dans ma tête… Aller ma belle, c’est bien, utilise toutes tes émotions pour danser… Shelby et Mahinui se ressemblent en fait beaucoup, ils sont exigeants et sévères mais justes et bienveillants. L’un comme l’autre devine tout ce que j’ai dans le coeur à la seconde même où je le ressens. Je m’éclipse dans les vestiaires, sanglots. Punaise… Maman me dit que je suis pâle, j’explique. Mes larmes n’ont pu sortir qu’aujourd’hui. Avant je n’avais pas eu le temps. Maman comprend. Tu sais, tu es comme moi, tu as un pied ici et un pied là-bas, mais regarde ma chérie, tu nous as rapporté Tahiti ici, et encore ce week-end en faisant venir ton professeur. Je souris. J’ai conscience que tout va bien. J’ai conscience que ma tristesse est une bénédiction, une chose qui s’en va simplement pour laisser la place aux prochains événements de ma vie. Et surtout, je regarde autour de moi.

             Il a dit que mes élèves avaient de bonnes bases, qu’il n’y avait pas tant que ça à corriger, et que je les sous-estimais parfois… Pardon mes chéries. Je veux tellement que vous soyez fières de vous, je ne suis pas objective. Mais si vous saviez comme, personnellement, je suis fière de vos pas, de vos valeurs et de vos sourires. Nous avons Reva i Tahiti. Nous sommes cent. Et nous avons rempli ce stage avec Mahinui. Nous l’avons rempli en nombre, mais aussi en enthousiasme, en motivation et en soif d’apprentissage. C’était un  plaisir de vous regarder kiffer votre week-end comme ça. C’était un plaisir de lire dans vos yeux que vous comprenez désormais mon adoration pour ce professeur. C’était un plaisir de regarder vos sourires béats devant sa grâce et son fa’arapu, devant sa créativité d’exercices aussi. Merci pour tout ça. Merci parce que j’étais fière de vous présenter à mon professeur.

             Merci aussi parce que lorsque je commence à pleurer, aucune de vous n’est intrusive. Toi, tu check mon regard des yeux pour t’assurer que tout va bien. Toi, tu viens me serrer dans tes bras avec une grande respiration. Toi, tu m’envoies deux bisous sur messenger. Toi, tu viens t’asseoir près de moi en silence. Avec vous je peux être moi-même. Je ne m’expliques que lorsque j’en ressens le besoin. Et vous comprenez, vous savez, vous me connaissez par coeur. Nous avançons ensemble.

             Merci Maeva pour le titre de cet épisode… Journal d’une émotive. Parce que, finalement, même si vous connaissez mes sentiments, vous n’avez aucune idée concrète de ce que je fais de mes semaines… Non, je n’écris pas ma vie sur facebook. J’y écris mes émotions… Et aujourd’hui, j’en laisse une s’en aller. Au revoir tristesse, au revoir Tahiti.

Dimanche 14 Janvier 2018

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