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7 février 2018

Episode 22 – La forêt saine

             J’avais oublié. J’ai dit que je n’avais jamais eu de relations intermédiaires entre trois rencards et un an et demi avec quelqu’un… Il me semblait n’avoir connu aucune relation simple, sans questionnements infinis et sans penser à demain. C’est faux. J’ai eu trois semaines avec toi, il y a longtemps, dont je ne mesure la valeur qu’à ce jour… Pause. Court-circuit. A la seconde où j’écris, je réalise que vous avez été trois. Trois semaines, un mois, deux mois. Et jusqu’à aujourd’hui, c’est comme si vous aviez disparu de l’historique… J’ai un problème.

             A dix-neuf ans, quelque chose s’est effacé en moi. Quelque chose qui contenait toutes mes valeurs, mes symboles, et une bonne partie de mon discernement. Il a fallu tout reconstruire, de zéro, idée par idée. J’ai galéré comme il faut. J’ai aussi rencontré des gens fantastiques. Il m’ont fait découvrir le monde. Qui parle de rails ? On est partis tellement loin… Les hommes de ma vie sont les principales personnes, avec mes parents, qui m’ont construite. Et même des années plus tard, je pourrais vous écrire des livres entiers expliquant à quel point je les aime pour ce qu’ils étaient, pour ce qu’ils sont aujourd’hui, et surtout pour tout ce que j’ai appris à leurs côtés. Mais je crois que jusqu’à cette année, j’avais enregistré que seules les histoires compliquées étaient intéressantes et avaient une chance d’aboutir.

             Je suis désolée. Je pensais que je ne pouvais apprendre que de la forêt malade, en me plongeant dans l’étude passionnante et laborieuse de ses moindres symptômes. Si seulement je m’étais intéressée à la forêt saine. Je me serais inspirée de ses plus infimes qualités pour construire une vie harmonieuse. J’ai vingt-six ans et aujourd’hui la leçon est intégrée.

             Un garçon qui va au cinéma tout seul. Aussi. Un film improvisé. Les bandes-annonce c’est superflu. Les garçons et Guillaume à table. Je n’ai jamais autant ri au cinéma, et même depuis. Un batteur. Un bon danseur qui plus est. C’est ma période “Oui, je suis célibataire. Le mercredi et le jeudi”. Trois semaines parfaites avec toi. Simplicité, transparence. Tu viens manger à la maison ce soir ? J’ai envie de te voir. Cultivé, doux, gentil, déterminé. Très attentionné. Je bosse mes cours de fitness dans un coin du salon pendant que tu geeks. Un bisou entre deux chorégraphies. Devant moi, il y a ton grand tableau blanc et tes projets. Tu sembles savoir exactement où tu vas. Discussions passionnantes. Ma première calanque. Tenir ta main parce que j’ai froid. Un coucher de soleil. Comment ai-je fait pour t’aimer autant, pour apprécier à ce point chaque moment à tes côtés et pourtant ne jamais y accorder aucun crédit ? J’ai l’impression de regarder ma vie en filigrane. Au premier plan il y a toujours eu l’homme dont j’avais décidé de prendre soin, et au second une relation simple, fluide et harmonieuse avec un autre homme auquel je n’ai jamais accordé l’attention qu’il méritait.

             Je suis désolée. Tu m’as offert des moments de calme et de sérénité que je trouve aujourd’hui inestimables. Mais je n’étais pas prête. Ce n’était pas assez torturé pour attirer mon attention à l’époque. Là, je me sens idiote de t’avouer tout cela. Et en même temps, le passé est parfait ainsi, et moi je suis heureuse car j’ai compris. Tu sais, j’ai rencontré quelqu’un qui te ressemble un peu, et il dit qu’on a le temps. Il s’excuse de problèmes que je n’avais pas remarquées. On se voit quand on se voit. C’est simple. Alors tu me connais, je me pose mille questions. Mais doucement elles s’évaporent. Je pense à toi. Je fais confiance à demain et je retrouve le calme que mes vingt-six ans m’ont fait découvrir. Je voulais juste te remercier. Tu es l’une des clés de ma vie. J’ai mis quatre ans à le réaliser, et mon cerveau tourne encore au ralenti de toutes les prises de conscience que j’ai eu depuis que j’ai commencé à écrire cet épisode… Mais je voulais te dire à quel point je suis reconnaissante. Merci d’avoir croisé mon chemin. Merci pour tous nos rires, nos fous-rires, nos conversations sur la vie. Merci pour ta lucidité et tes petites attentions. Merci pour la tendresse que tu m’as offerte, merci de m’avoir acceptée telle que j’étais et surtout, merci d’être encore dans ma vie aujourd’hui. J’espère te recroiser bientôt, et en attendant, je mets mon énergie sur les moments doux, les jours calmes, les relations simples et les sourires.

Mercredi 17 Janvier 2018

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