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7 février 2018

Episode 23 – Du coq aux cigales

             Los Angeles, avril 2017. Le chauffeur Uber qui me conduit à Universal Studio me demande comment je trouve les gens d’ici… Je ne peux pas vous répondre objectivement. J’ai la chance de voyager depuis quelques années, plus ou moins loin, mais presque toujours pour danser ou enseigner le ‘Ori Tahiti. Dans chaque nouvelle ville, c’est une danseuse, une polynésienne ou une amoureuse de Polynésie qui me reçoit, avec les valeurs de là-bas. Je suis donc toujours accueillie avec beaucoup d’amour, beaucoup de joie, de prévenance et de bienveillance. Les « mercis » tournent en boucle dans ma tête.

             Nantes, janvier 2018. C’est la deuxième année que je viens ici pour un workshop. Je connaissais déjà mes hôtes et leur maison, la salle de danse, la sono en bluetooth, le bar référant… Conversations jusqu’au milieu de la nuit. Rires, légèreté, simplicité et transparence. On parle de la vie, des amours, et j’entends mon « cocktail de Raph » présenter ma vie avec des mots plutôt intéressants. Un verre d’alcool et mes barrières tombent – paye ton sang chinois intolérant aux bonnes choses – et soudain, tout s’éclaire dans mon esprit. Pourquoi je me prenais la tête déjà ? Merci Noëlla. Moi aussi je t’aime, fort. Comme une famille d’adoption. Quand je me déplace pour les stages, j’ai l’impression d’être adoptée. Je donne des workshops c’est vrai. J’essaye de transmettre autant que possible mes savoirs, j’ai la chance de pouvoir vivre de ces événements et de me sentir parfois femme d’affaires. Mais en vérité, j’ai juste 26 ans, j’aime danser, j’aime transmettre, et j’aime la vie. Je remercie les gens qui voient cette Mareva-là avant les autres Mareva. J’ai 26 ans.

             Depuis mon retour de Tahiti, chaque polynesien croisé fait ressortir des bribes de souvenirs et de déclics. Aujourd’hui on peut discuter ensemble du chant des coqs qui nous manque en métropole autant que les cigales me manquaient à Tahiti. Moi qui ne m’autorisais pas à parler un seul mot tahitien, je me surprends à résumer une conversation avec un hôchement de tête en soufflant « c’est fiu ».  C’est tellement plus simple. D’ailleurs en cours, quand les élèves sont au ralenti, c’est « Ha’aviti !!! » qui me vient naturellement. Mais pas hier, on n’avait plus de neurones pendant la session to’ere en fin de journée. Moi aussi j’étais molle, mais sereine et heureuse. Sur la photo de groupe avec les instruments, on fait n’importe quoi et je nous trouve tellement beaux ! Je tiens mon mini to’ere comme un violon, et Vaimere s’est transformée en licorne grâce au sien… Bref, elle est adorable, elle est venue me dire au revoir ce matin à la gare de Nantes, comme elle serait venue à l’aéroport de Tahiti au moment de mon départ… J’adore. Je crois vraiment que nous pouvons rapporter ici le soleil de Tahiti avec ces quelques coutumes, nos sourires et notre simplicité. Nantes, je reviens te voir cet été pour profiter de toi.

             Noëlla m’a permis de structurer d’avantage mes impressions post-Tahiti.

             Si je devais décrire en un mot mon voyage à Tahiti, ce serait « Réel ». C’est ce qui m’a le plus marquée, c’est ce que je répète le plus depuis mon retour. Cette île perdue au milieu de l’océan, que tout le monde évoque et fantasme, elle existe vraiment. Elle fait trente kilomètres de large et on y trouve, pour de vrai, le Zizou Bar dans lequel se sont rencontrés mes parents.

             Ce qui m’a le plus choquée… je crois que c’est de manquer une saison entière dans le sud de la France : le soleil qui se couche à vingt-deux heures et les cigales. J’ai manqué tous les barbecues, tous les festivals, toutes les soirées dansantes en plein air et les animations estivales des rues de Toulon. Quatre mois, c’est long. Cette année je reste ici. Cette année, j’ai rendez-vous avec les copains et les villes de métropole.

             Ce qui m’a peut-être un peu déçue, c’est de découvrir que les tahitiens sont loin de tous parler le reo tahiti – la langue tahitienne – et que tous les danseurs de la troupe ne connaissaient pas forcément les paroles de nos danses et leur traduction par cœur. Mais tout va bien. J’ai découvert qu’il n’y avait pas tant d’écart entre ici et là-bas. A nos niveaux respectifs, avec nos moyens respectifs, on doit tous prêter d’avantage attention à cette culture pour ne pas la perdre, on doit je crois y trouver et y donner toujours plus de sens quand on veut la faire rayonner.

             Et ce que j’ai le plus aimé ? Ma journée quotidienne. En quatre mois, tu n’apprends rien, tu t’imprègnes directement. Ce que j’ai le plus aimé c’est ça. Je me lève aux aurores, déjeune une goyave de Tatie, je traverse la route et le petit chemin du vieux monsieur. Je dis bonjour à ma cousine dans le bureau, je rejoins Tonton en cuisine, je mets un tablier, une charlotte et me concentre pour couper le poulet avec beaucoup de souplesse dans le poignet. Tatie vient me dire bonjour, puis mon petit cousin et ses câlins magiques. Pause petit déjeuner avant qu’il ne parte à l’école. Pain beurre et mangue fraîche en guise de confiture. Je rejoins Haunui, Tamatoa, Hina et Vanessa au stade pour la séance sportive de tabata. Je rentre me doucher et je pars manger au restaurant avec ma copine Isabelle. Je rejoins la team à la salle de danse où Florie m’attend déjà pour m’aider à coudre mes costumes. Je descends au marché acheter quelques fournitures qui me manquent. Minute culture avec Tatie Makau, minute potin avec Shelby. Et c’est déjà l’heure d’aller à la répétition avec les copines. Zut je suis encore restée bloquée sur Pauline, elle est trop belle. On danse, on transpire, on révise, on soupire, on chante, on rigole, Tatie Makau nous rappelle que les garçons sont timides, il faut qu’on s’occupe d’eux, et on se dit à demain. Je rentre avec Camille et on éclate de rire en se racontant les potins notre journée. Je mange un morceau et m’installe devant l’ordinateur, j’ai encore plein de choses à expliquer dans mon épisode de ce soir…

Lundi 22 Janvier 2018

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