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7 février 2018

Episode 24 – Et si on faisait des choses intelligentes ?

             A la croisée des rues d’Aix-en-Provence, en quête d’un sac à roulettes. Le mien pèse bien ses dix kilos. J’ai mal à l’épaule et je sens ma colonne vertébrale râler. Trois boutiques, aucun bijou qui ne correspond à l’image que je veux renvoyer de moi-même. Jusqu’à l’antre Paul Marius. Porte à travers le temps. Des sacs en cuir sur toutes les étagères. Ils ont une âme eux, ils traverseront le temps. Je n’y avais pas pensé plus tôt car je ne connaissais pas ce genre de boutiques. Maintenant que j’ai trouvé le sac parfait, ou presque, je m’en veux un peu de ne pas avoir téléphoné à Thibaut à Six-Fours pour qu’il m’en fabrique un sur mesure. La prochaine fois, j’y penserai avant d’avoir le réflexe des boutiques. Bon, il manque juste des roulettes sur mon nouveau trésor… Le cordonnier me répond qu’il ne rajoute pas cela sur les sacs. L’Atelier du cuir non plus. De toute façon ce sac aura des roulettes, je les mettrai moi-même s’il faut. Allo Thibaut ? Tu fais ça toi ? Je passe demain pour te montrer. Cette matinée m’a fatiguée. Moi, dans ma vie, je veux des idées créatives, des gens prêts à se lancer dans des projets bizarres et fous, et qu’on me dise que l’impossible n’existe pas. J’en suis déjà persuadée.

             D’ailleurs en parlant de commerces près du client, d’entreprises auxquelles on peut s’identifier et de systèmes cohérents… Rendez-vous avec la pépinière Junior Entreprise d’Aix. Ils sont deux, ils ont à peine vingt-deux ans, ils sont plein de bonne volonté, ils ont compris que j’étais auto-entrepreneur et que je n’avais pas forcément les moyens de payer mille euros pour qu’une équipe termine mon site internet qui est en suspens depuis deux ans. J’écoute avec autant d’attention que possible leur présentation. Mais j’ai l’impression d’être à la mairie, ou sur le site des autoentrepreneurs à remplir des choses qui me semblent inutiles. Ils sont en plein formatage. Je perds ma patience intérieure et mon objectivité. Les gars, trouvez-moi un autre entrepreneur qui vous accordera quarante-cinq minutes pour la présentation de votre projet qui concrètement ne m’apprend que le tarif de la prestation que j’ai demandé… Si j’utilisais mon temps aussi mal, je n’en serais pas là à vingt-six ans. Langage php et je ne sais quoi, on peut passer à la diapositive suivante s’il-vous-plaît ? C’est à moi que vous présentez un projet, parlez mon langage. En classe préparatoire je comprenais tout ce que vous me racontez aujourd’hui, mais ça ne m’intéresse plus. Et vous d’ailleurs ? Pourquoi voulez-vous devenir ingénieur ? Vous étiez bons en maths ? C’est le rêve de vos parents ? On vous a dit que c’était la seule voie louable avec médecine ? Vous allez devenir de bons petits soldats… Je perds espoir parfois, ça m’arrive. Je pense à Jeff. J’ai envie de leur raconter mes entretiens avec Jeff. Il a travaillé quatre ans comme ingénieur et à seulement vingt-sept ans il se reconvertit. Vingt-sept ans bon sang. Ce soir, j’ai essayé de lui expliquer que son écrit était marqué par ses années d’école d’ingénieur. Il a fini par comprendre, dans un grand éclat de rire, à quel point il s’éloignait de son coeur lorsqu’il parlait ainsi. « J’ai rencontrer des gens formidables à tous les points de vue, à la fois dans et en dehors du cadre de la danse » versus « J’ai rencontré des gens formidables. Formidables dans la danse et formidables en dehors ». Moi, j’ai quitté les classes préparatoires, puis la faculté car je ne parvenais plus à comprendre ce système, ni ses valeurs. La valeur du travail, je l’ai. Je suis prête à mettre le prix aussi pour que des gens qualifiés répondent à mes besoins spécifiques. J’aime cependant les choses simples, les rapports humains et la politesse sans chichis. Je ne vous trouve pas plus de valeur parce que vous avez mis un costume… J’ai mal au coeur. Ce n’est pas leur faute et j’aurais aimé les engager ces deux « petits jeunes ». Mais le système qui les formate en les éloignant de leur intuition et de leur coeur, je ne peux pas. Je ne veux pas encourager ce système et engager ma copine Jennifer qui est passionnée d’informatique, ce sera ma façon de voter contre. Dans un coin de ma tête, j’arrive encore à souhaiter aux deux apprentis un épanouissement total dans leur future activité. Le reste de ma personne espère qu’ils se réveilleront le plus vite possible pour créer un monde plus intelligent que celui qu’on est en train de leur inculquer. Ce rendez-vous a épuisé mon enthousiasme. Faisons le plein de bonnes ondes.

             Direction Chez Ferraud, un restaurant dans lequel je veux manger depuis des années. Je suis une cliente souriante mais peu agréable, j’ai passé le repas au téléphone, j’ai commandé mes plats entre deux « Une seconde s’il-vous plaît, pardon ». Et pourtant la serveuse d’un certain âge est tout sourire, elle a la douceur d’une grand-mère qui revoit ses petits enfants après une longue absence. Je règle. Excusez-moi… Je peux vous poser une question indiscrète ? Quel âge avez-vous ? J’ai quatre-vingt un an. Quatre-vingt un an… J’espère qu’à quatre-vingt un an je serai aussi souriante et dynamique que vous madame. Elle attrape mon poignet et le serre fort, avec son immense sourire… Merci à vous… Moment de grâce. J’ai vingt-six ans et elle quatre-vingt un ans. Comment vais-je utiliser les cinquante-cinq années qu’il me reste avant d’atteindre son âge ??? Je passe dire bonjour à une autre de mes mamans, Anita de l’Anticafé. Heureusement que j’en ai en tête, des entreprises créatives dans lesquelles être client signifie se sentir à la maison. C’est ce que j’ai ressenti chez Paul Marius ce matin. Merci à leur vendeuse Margaux d’avoir été ma copine le temps de cet achat. Merci à Anita pour ses quelques tuyaux, son thé aux trois cannelles et pour raconter encore comment j’ai campé à l’Anticafé pour mes vingt-cinq ans pendant que les miens passaient pour le café, le déjeuner ou l’apéro du soir. Merci pour tant de joie et de transparence. Je contacterai bientôt L’atelier des Livres pour un projet Reva i Tahiti… En parlant de livres, je t’invite à lire « Et j’ai dansé pieds nus dans ma tête » par Olivia Zeitline, il se lit vite, il est simple, et il te reconnecte déjà un peu à ton intuition !

             Bref, dès que je remets les pieds dans le monde commun, je m’épuise. Et si faire des choses intelligentes, créatives, cohérentes et pleines de sens devenait un réflexe ?

Jeudi 25 Janvier 2018

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