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20 février 2018

Épisode 29 – A coeur vaillant rien d’impossible

             Je suis partie courir pour que tu sortes de ma tête. C’est un échec, ce soir je t’ai dans la peau. Ce sont les montagnes russes émotionnelles ces derniers-temps. Tu aimes les fêtes foraines ?
             Je me sens parfois éteinte, et tout à coup je revis. Je me sens vivante quand je cours, quand j’ai mal, quand mon téléphone est éteint, quand je prends un billet de train sur un coup de tête, quand personne ne sait où me trouver, quand je regarde le soleil et quand je souris aux passants. Je me sens vivante quand je pleure, quand je m’énerve, quand je parle mal. Heureusement, je n’ai pas mis la moitié de ma vie à savoir ce que je voulais*. Heureusement, j’avance vite.
             Il y a deux semaines, j’identifiais une vieille blessure. Tu as disparu du jour au lendemain en emportant dans tes valises quatre ans de ma vie. C’était la première et la dernière fois que je rendais sa liberté à quelqu’un pour son propre bien. Dorénavant, quand je ne veux pas me séparer d’une personne, je me bats pour la faire rester. Libre à elle de me dire qu’elle veut partir et je respecterai son choix. Mais la quitter parce que “c’est mieux pour elle”, plus jamais. Je pense que toi aussi, tu as appris ce jour-là qu’il fallait dire aux gens qu’on les aime, qu’on les veut près de nous et qu’on est prêt à remuer ciel et terre pour eux. Je croyais que je t’en voulais parce que, ma mémoire me jouant des tours, j’ai toujours eu l’impression que quatre ans de ma vie se baladaient en liberté quelque part. Je me souviens tellement peu de nous. J’ai des flashs des grands et des beaux moments passés. Mais la vie quotidienne, les crises, mes défauts, tes défauts, mes qualités… Tout a disparu. Je pensais que le problème se trouvait là. Ce soir, j’ouvre un peu les yeux. Je laisse M4 – la Mareva de quatre ans – parler. On avait promis qu’on veillerait l’un sur l’autre ! Mais c’est impossible en détruisant les ponts ! C’est n’importe quoi ! Je t’en veux pour ça. Je t’en veux beaucoup. Je t’ai aimé trop fort. Mon affection ne disparaîtra jamais. Et ça fait sept ans que je continue à penser à toi avec bienveillance, malgré ton absence totale. Heureusement, les suivants sont restés. Tu sais, on continue à se faire grandir les uns les autres, on continue à s’aimer, à s’analyser mutuellement et à se soutenir. Toutes ces choses que je ne pourrai jamais faire avec toi. Toi qui connaît une Mareva que personne d’autre n’a jamais vue en dehors de nos parents. C’est d’ailleurs le seul brin de lumière que je vois : ta maman fait toujours partie de ma vie et je te remercie pour cela. Elle veille sur moi, et ta soeur aussi depuis peu. Et je fais de mon mieux pour prendre soin d’elles à ma façon. Mais toi… Quand est-ce que je pourrai guérir cette blessure ? On avait dit qu’on serait là l’un pour l’autre, t’es où toi. Belles promesses. Je n’ai plus la force de t’envoyer trois mots pour ne rien dire. Il est vrai qu’à l’époque déjà, on parlait si peu. Ma solution est peut-être ici… Tu viens on communique ? On se met en commun*…
             J’ai couru jusqu’à la Tour Royale. Le coucher de soleil y est toujours magnifique et on s’y sent comme les rois du monde. Je respire à nouveau. Je cours de façon désorganisée pour atteindre mon objectif de trente minutes. Un jour je t’emmènerai là-bas. J’ai croisé un regard, j’ai sauté une barrière, j’ai fait mes exercices de danse dans le sable, j’ai parcouru quelques pierres, je me suis assise au bout de la digue et j’ai souri. Je me sens vivante. Aujourd’hui, maintenant. Et je suis contre l’idée d’arrêter toute chose sous prétexte qu’elle se terminera un jour. Je sais qu’une fin se présentera ! Mais si je raisonne comme toi, autant me donner la mort simplement ce soir. Ecoute-moi. Je veux VIVRE. Je veux vivre toutes mes aventures, les petites, les grandes, les lointaines, les plus folles, les plus calmes, les plus douces, les plus aimantes, les plus poétiques, les plus drôles. Je veux t’écrire encore des lettres, des cartes et te faire des surprises. Parce que je le veux, parce que l’idée m’aura traversé l’esprit. Ce sera peut-être la dernière, mais quoi ? Me priver de ton sourire lorsque tu la liras et m’en parleras ? Non ! Je te l’ai dit il y a dix ans déjà. Si je ne puis encore être le soleil de ta vie, permets-moi d’être luciole pour une partie de ton âme. Regarde la lumière absolument partout où tu peux la trouver, à commencer par ton propre coeur. Non, tu ne pourras pas me le cacher, pas à moi. Tu rayonnes. Tes yeux brillent. Il faut trouver sur quel sujet, mais je suis un bon Sherlock Holmes, je saurai y faire. Moi c’est souvent ma spontanéité qui me rend ma lumière. Fais une choses par jour qui te fait peur.* Quand le soleil a disparu, je me suis assise près d’un jeune homme qui péchait. Tu sais, il n’a que 21 ans et il sera papa le mois prochain. Il vient presque tous les jours pécher avec les anciens ! Et il semblait tellement calme. J’aurais voulu que tu vois la délicatesse de ses mouvements et la douceur posée qu’il avait dans les yeux. J’admire ces gens capables de ralentir leur temps grâce à la nature. Un jour, moi aussi je pourrai.
             En attendant, il paraît qu’à coeur vaillant, rien d’impossible… Chaque jour je remercie l’univers tout en faisant un peu la moue. Je ne le comprends pas. Tu sais, il reçoit mes messages et y répond de façon assez spectaculaire…. en attention, en lettres, en présences, en communications. Mais il n’est pas transparent. Il m’envoie des situations qui semblent sans lendemain. Et une montagne de contre-exemples m’obligeant à réajuster mes croyances limitantes. Alors que suis-je sensée comprendre ? Je ne suis pas sûre de grand chose, mais quand je te parle, la notion de temps s’évanouit, je me sens moi-même et je me sens vivante. Pour le reste, mon intuition, ma loyauté et mon coeur sont en pourparlers. Nous saurons bientôt.

Lundi 19 Février 2018

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