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24 février 2018

Episode 31 – Le bout du monde

             J’ai quand même souvent quatre ans… Réveil en sourire. Je le vois peut-être demain. Plus qu’un dodo. Et si on ne se voit que dimanche, je me réveillerai tout sourire demain en me disant “Je le vois peut-être demain”. L’enthousiasme est tout de même un concept très simple.

             Petit déjeuner. J’emmerge doucement en faisant un câlin à Barbara qui travaille déjà dur pour le festival de ce week-end. Je suis plus exactement fixée à elle comme une arapède, immobile. J’entends la conversation au loin. Certaines personnes n’ont pas eu la chance qu’on les serre dans nos bras enfants. Je me fige. Euh… Tu aimes les câlins ? Parce que ma spontanéité ne s’est pas posée la question… Oui maman promis, dans dix minutes je vais à la douche. Je finis juste mon message. J’ai envoyé un selfie de Barbara et moi à Maud. Quelle histoire… J’ai rencontré Maud à Sainte Anastasie, dans le sud de la France en 2012, lors d’un festival polynésien. Nous avions sympathisé avec sa petite famille, elle avait dessiné ce qui aurait dû devenir mon premier tatouage. J’ai toujou

rs le croquis. Et je retrouverai Maud où qu’elle soit pour me faire tatouer l’heure venue. Ca aurait pu se passer à Brest. Elle y avait emménagé il y a quelques années, devenant amie avec la même Barbara qui m’a fait venir ce week-end. Mais maintenant que je suis ici, elle est à la Réunion. Rires. L’univers me parle créole tous les jours ces temps-ci.

             Balade dans une Clio de 1996 avec maman. Ce n’est pas qu’elle n’a pas de direction assistée, c’est que le volant ne tourne pas ! Penser à rouler avant d’essayer de pivoter quoi que ce soit. J’ai mal aux abdos. J’ai mal aux bras. Heureusement, les paysages et le grand soleil font tout oublier. On rit de bon coeur. Maman me dit de passer les vitesses… Oui, mais j’ai dit que j’avais mal aux bras ! Et puis il n’y a pas de flèche sur le tableau de bord pour m’indiquer de la passer. D’ailleurs, il n’y a presque aucune flèche sur ce tableau… On se gare. Un mot manuscrit pour remplacer le disque bleu que nous n’avons pas. “Touristes sans disque. Désolées. Il est 12h”. On marche. Hôtel “Au Bout du Monde”. Ah quand même. Quelques photos du port à marée haute. Oui, avec un peu d’eau c’est mieux non ? Non, c’est juste un autre charme. Restaurant Le Relai du Vieux Port, juste à gauche de la Galerie du Bout du Monde ! Mon dieu, ici ils mettent des mini tablettes de beurre salé dans les corbeilles à pain. Maman éclate de rire. Le temps que je me rende compte que je viens de tremper ma tartine de beurre salé dans mon thé… comme un petit déjeuner. Posée au restaurant. Un message. Les larmes aux yeux de joie. Maman, la ville d’Osaka vient de nous contacter pour la flashmob de danse tahitienne… Ce serait la quarante-cinquième ville, notre dix-neuvième pays ! Trinquons.

             Nous reprenons la route. Une phrase m’a touchée. Devise des sauveteurs en mer… Pour que l’eau salée n’ait jamais le goût des larmes. Respiration coupée. La mer, ce gigantesque monstre. Cet océan qui, quelque part, rejoint Tahiti. Plage immense de sable clair, de coquillages doux et d’eau cristalline. On met les pieds dans l’eau. Et une danse pour le soleil avant de repartir. Maman n’est pas revenue en Bretagne depuis 1990. Ici, à son époque, les chevaux courraient encore sur la côte. Par chance, les arrêtés législatifs ont au moins préservé celle-ci. Les fréquentations ont changé mais les paysages sont intacts. Sur le chemin, nous rencontrons Latché, un impressionnant dogue allemand gris bleu. Nous expliquons à son maître que nous venons d’Aix-en-Provence. On nous complimente sur nos sourires. Vous êtes certaines que vous ne venez pas d’un peu plus loin ? Ah oui, les origines polynésiennes vous voulez dire. Rires. C’est vrai, c’est vrai. Vous nous avez rapporté le soleil, c’est une bonne chose. Mais il n’en faut pas trop ou nous risquerions d’être envahis. Ils n’ont pas tord… Dernière marche vers la presqu’île de Kermorvan. Tout est tellement calme ici. Ile du bout du monde, dis-moi d’où tu viens ? Quand à chaque seconde, moi je te tiens… Mareva, viens voir. Ils sont loin, mais ils sont là. Je suis en Bretagne, et je suis en train d’observer des dauphins… Douce réalité. Univers parfois incroyable.

             Direction la salle des festivités. Les immenses tablées sont installées, la scène aussi, les musiciens font le retour… Je commence à danser. Nul son ne résonne comme celui des percussions polynésiennes et des ukulele. Les voix de là-bas. Maman me regarde esquisser des mouvements, dans ses yeux je me revois en “trip parking” à l’arrière de To’ata. Oui, elle a raison. J’attends ce festival avec impatience, j’attends cette ambiance avec impatience, comme si ma bulle de cet été allait se reformer. Je vais transmettre tout ce que je pourrai pendant mes stages samedi et dimanche mais le reste du temps… J’aurai juste quatre ans et la joie de vivre qui accompagne cet âge.

Samedi 24 Février 2018

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One Comment on “Episode 31 – Le bout du monde

Moea
24 février 2018 chez 13:39

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