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11 mars 2018

Episode 33 – On cherche avec la tête et on trouve avec le coeur

             Aurore me propose toujours des projets extraordinaires. En 2015, elle me demandait de chorégraphier une flashmob de danse tahitienne qui, trois ans plus tard, sera dansée dans plus de vingt pays… Ce soir, elle m’emmène à un Gala de danses du monde, dans la “Salle des étoiles”. Je viens de comprendre tellement de choses.

             Comme d’habitude, je ne sais ni où l’on va, ni ce que je vais voir exactement. Petite salle, peu de spectateurs, on s’assoit. Je galère à comprendre le concept du spectacle. Rien ne semble préparé. La dame annonce que c’est une soirée d’improvisations et qu’elle-même ne sait jamais trop ce qu’il va s’y passer. Je peine à y croire et pourtant, je réalise très vite qu’elle dit la vérité. Je souris. Petits et grands sont dirigés par la bonne humeur et la spontanéité de Vahi. Elle est incroyable. Ce soir, j’ai assisté à un spectacle de la Vie. Sa troupe, Les Singuliers au Pluriel, c’est une école de danse de la Liberté. Ils font un peu de tout, mais surtout beaucoup d’adaptation. Vahi est omniprésente car chacun copie littéralement ses gestes au fur et à mesure et son énergie habille donc la scène. Pourtant, elle reste en filigrane car les danseurs sont tous plus vivants les uns que les autres, ils émanent détermination, courage, lâcher-prise et joie pure. Rencontre incroyable.

             J’analyse d’avantage. Les chorégraphies sont des enchaînements de pas répétitifs. Il n’y a aucun déplacements de groupe si ce n’est que la première ligne disparaît régulièrement en coulisses pour laisser place à la seconde. Il n’y a pas de décors particuliers hormis trois Bouddha protecteurs, quelques branches, quelques bougies. La buvette est simple, il n’y avait d’ailleurs personne pour la surveiller en dehors de l’entracte. Et puis les danseurs sont rarement synchro, mais qu’est-ce que ça peut bien faire ? Pourquoi je m’embête avec tous ces détails moi d’ailleurs ? Ce qui émane directement d’eux, c’est la VIE. Il y avait-il autre chose d’important ? Les larmes aux yeux toutes les trois danses.

             Bond de kangourou. Prise de conscience. A quel moment la technique en danse est-elle devenue, pour moi, importante au point de m’y perdre ? Hier encore je ruminais car peu de gens s’inscrivaient en cours de technique pendant les stages… Ah je sais… J’ai encore écouté mes peurs…  Généralement elles s’expriment moins que chez la moyenne des gens. Donc je passe au-delà. Et pourtant, moi aussi elles me guident en permanence. J’ai toujours toujours toujours peur d’être mal jugée. Peur d’entendre que je ne suis pas légitime. Peur d’entendre que je suis trop ambitieuse, prétentieuse ou ignorante. Peur qu’on pense que je suis une mauvaise personne. Je n’ai pas peur qu’on me prenne pour une dingue, donc sortir des rails n’est pas un problème. Mais écouter mon intuition à 100%… j’en suis encore tellement loin. Ma zone de confort est sûrement très différente de la tienne, mais bon sang, j’y suis coincée tout autant. Finies les comparaisons avec le peuple lamba, qu’est-ce que je ressens moi ?

             Des rockers de sept ou huit ans qui gueulent en sautant partout “Antisocial tu perds ton sang froid” avec l’énergie d’un public de métalleux. Des petites en tutu blanc pure qui réveillent les grandes avec douceur en les serrant dans leur bras. Un petit garçon qui préfère danser du classique… On applaudit. Tout ce petit monde qui s’engage en criant sur la musique qu’aujourd’hui on n’a plus le droit, ni d’avoir faim, ni d’avoir froid… Ils sont tellement vivants. Jusqu’à Samuel, neuf ans, qui se lance dans un solo en nous disant avec détachement au micro “Ben venez !”. J’ai failli me lever. J’ai failli… Lui, il a superbement dansé, il a interprété des éléments de la musique que sans lui je n’aurais pu entendre. Et il a repris le micro pour remercier le public… Au lieu de ça, il y a craché toute sa fierté. Et elle résonne encore dans mon esprit. JE L’AI FAIT PUTAIN DE MERDE. Voilà les mots qu’il a choisi de crier dans le micro, à neuf ans. Bon sang… L’âme ébranlée. Mon intuition en vrac. Il s’est exprimé sur O.V.NI. “Je n’ai pas ton temps, Je suis vrai.” Et cette voix dans ma tête. Bon, tu te bouges maintenant ? Tu te réveilles-là ? Ils sont tous tellement en Vie. Je jalouse presque leur enthousiasme. Ils semblent ne rien craindre au monde. Vahi n’annonce pas le groupe suivant, elle n’était pas au courant. Une jongleuse et quelques petits hommes se sont dévoués pour une impro en attendant que le reste de la troupe change de costume. Grands comme petits, dans chaque groupe on retrouve les mêmes profils. A huit ou quarante ans, il y a la timide, celui qui n’est pas dans le rythme, l’hyper-souriant, celle qui voyage dans la musique indépendamment de notre présence. Et puis le solo de la contortionniste-gymnaste-trop-belle-jeune-fille-hyper-souple. Quelle élégance, quelle délicatesse. Le “spectacle vivant” a toujours été une source inépuisable de créativité pour moi. Comme la vie en fait. Ca s’enjaille sur Johnny Clegg. Ca se lance dans une chanson d’halloween à la guitare, accompagné par les danseuses qui sont déjà en tenue de Bollywood. A quel moment la cohérence était-elle primordiale ? En regardant leur ronde de joie, je réponds qu’on s’en contre-fout de la cohérence. Quatrième dimension. Viens on est juste heureux. Boogie boogie Woogie, elle s’est écrasée dans mes pommes de terre, elle s’est même pas excusée cette vilaine sorcière ! Le mot ridicule n’existe que dans les esprits étriqués. Eux sur scène, je les trouve simplement magnifiques. On rit. Petits et grands reviennent sous les projecteurs avec d’énormes bonnets de laine. Vahi laisse entendre qu’ils ont découvert les bonnets il y a moins d’une heure, c’était sa petite surprise pour la danse russe. Ceci dit, ses élèves le lui rendent bien, ils lui ont acheté en cachette une tenue de la panthère rose. Eclats de rire. Elle est là la cohérence. Grandiose.

             J’ai encore failli monter sur scène pour la salsa. Mais je ne voulais pas que quelqu’un puisse croire que je voulais attirer l’attention sur moi. Même cette phrase elle est compliquée à écrire ! Je voulais juste danser, je voulais être spontanée et piquer un cavalier le temps d’une danse. Ca leur aurait peut-être fait plaisir ? Mais je suis restée assise. Et puis Manu est monté sur scène lui. Il n’a pas fait de démo seul, il a dansé suivi par la totalité des garçons et leur hargne d’énergie à donner ! J’ai alors senti une peur se calmer en moi. Je pourrais monter sur scène pour mettre les enfants et les adultes en valeur. C’est ce que j’ai fini par faire. Vahi, je peux les rejoindre ? Et j’ai mal aux zygomatiques. Tellement de joie, tellement de sourires, tellement fière d’être à leur côtés sur scène. On m’a prêté une robe à fleur hyper moulante. Je ressemblais peut-être à un boudin, mais sincèrement, fuck. J’ai dansé, j’étais avec eux, je leur ai donné un peu de moi, tout ce que je pouvais à ce moment-là. Alors le reste, les peurs, les angoisses, les “qu’en pensera-t-on”, les actions réfléchies et raisonnables : je les prends à la pelle et je les envoie vous savez où. A un moment donné, je décide d’aller bien au-delà de tout ça.

             Raphaël Hoareau je t’aime. Et ce que l’univers en pense, c’est pareil, ça le regarde. Viens on trace ^^

             Merci Aurore. Merci Manu. Merci Vahi. Merci les danseurs. Merci les étoiles. Merci l’univers. Merci mes élèves chéries. Merci Nantes. Merci Vai et Noëlla. Merci mon coeur. Merci la VIE. Merci pour l’amour, l’authenticité, l’humanité, les sourires et la joie. Et moi je me réveille, promis.

Samedi 10 Mars 2018

 

Ici la Page de la Flashmob Ori Tahiti 2018 https://www.facebook.com/flashmoboritahiti/

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