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19 mars 2018

Episode 34 – “Ojalá”

             Ce n’était absolument pas prévu. Je devais aller voir la mer, me ressourcer en lisant La Prophétie des Andes, et rentrer passer la St Patrick chez moi, au calme, seule, et me coucher tôt. Sortir de ma zone de confort est toujours tellement… surprenant.

             Je pose ma valise, attrappe un bouquin et repart toute légère. C’est mon premier week-end de 2018 à Toulon et sans stage. Dans le bus, je m’assois à côté de deux filles qui discutent en espagnol. Mon coeur fait un bond. Comme j’aime cette langue… J’ai envie de leur demander si elles sont de passage ou si elles vivent ici, on pourrait devenir amies. Mais elles descendent sûrement bientôt du bus, nous n’aurons pas le temps d’échanger. Et je vais interrompre leur discussion entre copines. Je n’aime pas m’immiscer. En même temps, elles seront peut-être heureuses de discuter avec une inconnue dans leur langue maternelle ? Zone de confort ou spontanéité ? Mareva, arrête de réfléchir. Holá, estáis de vacaciones ?* Si j’avais pu imaginer à cet instant, la tournure de ma journée, de ma soirée et de mon week-end entier !

             La mer me donne toujours autant d’énergie. Dans mon espace intérieur, un arbre gigantesque est planté au centre de ma représentation du monde. Cet arbre de vie accepte de rayonner sa lumière à condition que je le nourrisse en soleil et en instants en bord de mer. Nous avons un deal, et je suis en train de le respecter accompagnée de Sonia et Paula, en direct du Mexique et de l’Equateur. J’aime rencontrer des gens avec lesquels je peux d’emblée parler de ces énergies, concepts incontournables de ma vie aujourd’hui. D’ailleurs, toute la soirée s’est déroulée de cette façon-là. Nous voici toutes les trois chez moi pour prendre un thé. Je cuisine quelques légumes pour Sonia et moi, nous retrouverons Paula tout à l’heure. Un brin de maquillage, et c’est parti pour la St Patrick. Le bar de Pirates du coin. Malgré le monde, c’est un plaisir. Petit concert sur la place et tout le monde reste en extérieur. Il fait bon. Les copains sont à leur poste derrière le comptoir. Toulon, tu es vraiment ma maison. Rendez-vous avec la terre entière, ou du moins avec les Erasmus des parages. Ca fuse. Français, anglais, espagnol. Je ne sais plus très bien dans quelle langue je réfléchis. J’ai les yeux grand ouverts… Au Mexique, en Allemagne et chez Nastya aussi, en Ukraine, des passionnées danseront bientôt la chorégraphie que j’ai créée pour la Flashmob Ori Tahiti 2018… J’ai discuté avec des locaux ce mois-ci, comme je discute maintenant à Toulon avec certains de leurs compatriotes. Je trouve l’univers très malicieux parfois, espiègle, taquin. Je ris de bon coeur. Même sans une goutte d’alcool les conversations sont fluides, je suis très loin de ma zone de confort et justement, je me sens bien.

             Il y a les garçons bourrés qui ont une gestion assez aléatoire de leur espace physique. Ceux que l’on regarde, immobiles, lutter contre la lenteur effective de leur cerveau. Et puis, des conversations sans queue ni tête qui finissent par trouver une certaines cohérence. On éclate de rire volontier, quelque soit le langage, celui-ci est universel. Et tout est léger, ça se tient bien, c’est festif, on a de la place, pour une fois c’est agréable. J’ai bien fait de me laisser tenter… Retour maison deux minutes pour la pause pipi girly, et une photo instantanée qui rejoindra le mur. Pour que je me souvienne. Mareva, sors de ta zone de confort, tu y es tellement plus heureuse, tellement plus vivante et surprenante. Retour au groupe, les têtes pensantes élaborent la migration vers le prochain bar. Je m’isole dix minutes. Dans le bar voisin j’ai cru entendre une bringue tahitienne et voir quelques fleurs à l’oreille. Bingo. J’ai trouvé les polynésiens et quelques visages connus. Le temps de discuter en profitant de la musique de chez moi. Quand j’y repense, c’est incroyable. C’est juste en bas de ma tour. Il y a Tahiti, il y des pirates, Toulon et puis le monde entier… Je rejoins le club Erasmus qui migre. Pendant la traversée, grande conversation, posée, décalée, intéressante, avec Lucas et Thibaud. Ils sont de passage mais viennent de plus près. Lyon. On se reverra donc sous peu. Discussion joyeuse d’adultes, partage d’expériences parfois sensuelles, sans un brin de jugement, sans un seul commentaire puérile, avec la simplicité des gens curieux et bienveillants. Que demander de plus ? Un tour sur la plage, essentiel vers une heure du matin. Les pieds dans l’eau glacée. Le calme de la nuit. Et se sentir tellement vivants ! J’ose un selfie de nous quatre. Je veux déjà ancrer cette soirée qui a commencé par mon interpellation de deux étrangères dans le bus… Sur l’écran, je vois mon bonheur transparaître. J’espère le rayonner au plus vite à ceux qui voudraient le partager. Tiens, un petit groupe a essayé d’embêter Lucas avec son chapeau, mais il est resté calme et posé. Je l’ai remercié pour ça. La seule chose qui aurait été plus désagréable que se faire embêter par un groupe de gens alcoolisés, ça aurait été d’être accompagnée de gens encore plus bêtes, qui se seraient énervés, voire battus pour cela. Je me trouve chanceuse. Ceux qui m’accompagnent sont plus sages, plus tranquilles et ils savent que jouer les superhéros n’apportera aucune valeur ajoutée à notre soirée déjà si particulière… Merci Lucas.

             Un autre bar. Encore toi ? Oui, j’ai suivi les copains. On n’a toujours pas trouvé le Anthony que l’on devait rejoindre – en même temps, avec sa gestion aléatoire de l’espace… – mais on récupère Antoine. Son cerveau est un chouya plus vif que tout à l’heure, et son enthousiasme fait plaisir à sentir ! Thibaud tient à retourner se caler sur la plage… je crois qu’il n’avait pas vu la mer depuis longtemps, je crois qu’il s’y est senti aussi ressourcé que je l’ai été. Venez, je vous emmène quelque part. On va où ? Dans mon endroit préféré de Toulon. Sonia, Thibaud, Lucas, Antoine et moi marchons. Ca philosophe, ça rit. Ce lieu porte bien son nom, on s’y sent comme les rois du monde. Vue imprenable sur la rade de Toulon, barque délabrée incertaine dans laquelle on rejoue à la fois Titanic et les photos genre série américaine autour d’un groupe d’amis d’enfance. On pose. On pause. Venez, ce n’est pas fini. Je les entends me répéter comme l’endroit est beau, aucun ne connaissait. Voir leurs yeux brillants, ça n’a pas de prix. Merci l’univers pour ce moment en suspension. On escalade, on crapahute, on se pose au bout de la digue. Quand je pense que je les ai tous rencontrés il y a quelques heures. Tu fais quoi déjà dans la vie ? Une artiste, une prof de danse, un apprenti ingénieur, un bâtisseur et un qui cherche son chemin. Je crois que quoi qu’il en soit, cette soirée nous rappellera d’être nous-mêmes en toute circonstances…

             Nous sommes de nouveau à la maison. Improvisation totale. Quelques fruits et du thé. Une goutte de fleur d’oranger pour détendre tout le monde. Même mon appartement est en train de se nourrir de ces rencontres vraies et spontanées. On se balance nos qualités au visage. On remercie. Et dans nos têtes, je sens la révolution continuer. On l’a déjà tous entamée à notre échelle, dans notre domaine. Et je suis persuadée que ce type d’instants nous conforte dans nos chemins respectifs. Moi, mes forces ont grandi. Il est 7h du matin. Les garçons sont rentrés chez Antoine. Sonia et moi on s’effondre. Je pense encore en langues étrangères. “Ojalá” est sûrement mon interjection espagnole préférée. On l’utilise pour dire “Pourvu que…” – Ojalá lo tenga, pourvu que je l’ai – ou simplement pour répondre “J’espère !”. Ce mot sonne comme une bénédiction, j’y entends toutes nos bonnes ondes pour que l’objet de la discussion se réalise. Réveil 14h. Sonia, encore un peu de spontanéité aujourd’hui ? Un thé, un fruit, une douche et on va embêter les garçons avant que Lucas et Thibaud ne rentrent à Lyon.

             Antoine habite aussi sous les toits, à trois minutes à pied de chez moi. En ce dimanche après-midi encore un peu flou, on sera tout sauf productifs. Pour ma part, je n’ai fait que me translater de mon canapé à celui d’Antoine dans lequel je me love comme un chat. Jusqu’à ce que le fameux Anthony débarque. On aura fini par le rencontrer ! Bref, chez Antoine, il y a un chaudron, tout petit. Il faut dire un gage, et si on réussit à lancer la capsule de bière dans le chaudron, la personne concernée doit accomplir son défi. Je n’ai réussi qu’une seule fois à faire entrer la capsule, mais c’était sûrement la plus importante. “Si je la mets, Lucas et Thibaud vous revenez à Toulon ce mois-ci”. Ojalá tengamos otra noche así ! Et le chaudron est un excellent outil pour sortir régulièrement de sa zone de confort, il va falloir que je réfléchisse à un concept similaire dans ma propre vie.

Dimanche 18 Mars 2018

*Bonjour, vous êtes en vacances ?

**Pourvu que nous ayons une autre nuit comme celle-ci !

One Comment on “Episode 34 – “Ojalá”

Alegria
21 mars 2018 chez 22:34

Sourire aux lèvres tout au long de la lecture, j’ai applaudis à la fin 😀

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