Episode 6 – Le 6ème étage

             Habiter au sixième étage sans ascenseur, c’est rire chaque fois que quelqu’un arrive sur ton palier. Essoufflé, grimaçant, mais surtout, cherchant sa motivation pour montrer que tout va bien… enfin… « C’est haut quand même. ». Habiter dans ma tour, c’est aussi ouvrir sa porte et scruter l’intérieur du colimaçon. Une main, deux mains, trois mains qui s’accrochent. Courage, vous y êtes presque ! Ah, les garçons de Toa Dream sont là pour le café. Les techniciens Orange sont encore en train d’essayer de faire fonctionner ma box. Ça fait tout à coup moins d’espace dans mon trente mètres carrés. Les tahitiens disent bonjour… « Mareva, c’est eux les voleurs ? » Éclat de rire. Les techniciens ne sont pas très rassurés face aux trois gaillards. Faisons du thé.

             Mon ancien appartement à Aix-en-Provence, surnommé La Panière, était légèrement en périphérie alors que l’actuel Montmartre est au cœur de la ville de Toulon. J’aime mon quartier. Je vois l’Arsenal et un morceau de la mer, je vois presque le début du port, je suis à côté de la Place de la Liberté qui accueille déjà le Marché de Noël. En courant, je mets trois minutes pour atteindre la gare routière, quatre pour la gare de train. Le boulevard au-dessus de ma rue me fait penser à une avenue parisienne avec ses enseignes Orange, BNP Paribas, Bouchara et autre Charlemagne. La rue juste parallèle ressemble aux Allées Provençales d’Aix-en-Provence, petites boutiques chics, la Cure Gourmande et surtout ses petits restaurants cachés et le Coffee Soup de mon ami Pierre. J’habite à deux pas de la place de l’Opera sur laquelle ils viennent d’installer le plus beau sapin que je pen#e avoir vu dans ma vie. J’ai hâte de le découvrir illuminé. Au coin de ma rue la célèbre Pizzeria Gaetano est toujours en mouvement. En face de ma porte d’entrée, le kebab tenu par mes voisins du troisième étage est ouvert tous les jours jusqu’à une heure du matin…

            Habiter au sixième étage sans ascenseur, c’est faire son sport tous les jours, en jean, en jupe, en jogging, en talons. C’est éclater de rire toute seule, de désespoir, quand j’ai oublié d’acheter du sucre. C’est râler de ne pas avoir d’homme sous la main quand il faut monter la machine à coudre que l’on vient de me prêter. C’est rêver des fessiers de folies que j’aurai dans un an. Mais on oublie les étages quand on voit la vue… Habiter ici c’est aussi boire mon thé le matin, assise sur le rebord de la fenêtre, avec les tuiles du cinquième étage pour terrasse, et le soleil qui m’éblouit au-delà des toitures. Il me manque encore un sommier qui réussira le test du colimaçon, une table dans la cuisine, une petite plaque induction, trois fois rien. Je m’y sens déjà au calme. Déjà chez moi. Déjà en sécurité. J’ai changé mes premiers fusibles. J’ai fait mes premières machines de linges. J’ai reçu mes amis ici, et je continue. On a déjà ressorti les jeux de société. Avoir un appartement rien qu’à soi, c’est quand même le feu ^^

Jeudi 23 Novembre 2017

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