Ia ora na, bonjour !

En France, il n’existe aucun diplôme officiel pour enseigner la danse tahitienne. Alors peut-être que tu te demandes comment tu sauras si tu es prête à l’enseigner, si tu es prête à ouvrir tes cours de danse tahitienne.

Moi, c’est Mareva Bouchaux. Je transmets la danse tahitienne depuis plus de 15 ans en France métropolitaine, et je forme aussi les profs à la pédagogie. J’espère que la danse tahitienne va se répandre partout, partout, partout, auprès du plus de monde possible… et peut-être qu’elle ramènera plein de monde au vivant et au sacré.

Je te réponds dans cet épisode de mon podcast, et dans cet article.

🎧 Tu préfères écouter ? Retrouve cet épisode sur mon podcast Danse Tahitienne.

Faut-il un diplôme pour enseigner la danse tahitienne ?

Non. En France, le diplôme d’État de professeur de danse n’est obligatoire que pour enseigner la danse classique, contemporaine et jazz. Pour le ʻori Tahiti, il n’existe aucun diplôme officiel.

Donc ta légitimité, tu ne la trouveras pas dans un papier. Alors où ?

Est-ce que tu es légitime pour enseigner la danse tahitienne ?

Il y a deux visions.

Pour certaines personnes, pour transmettre, il faut être experte. Ça fait 20 ans que tu danses, tu es presque née et tu as grandi dans la danse tahitienne, tu connais absolument tout sur la culture… et il n’y a que toi qui as le droit de transmettre. Si je fais un petit parallèle : pour ces personnes-là, tu n’as le droit de transmettre que si tu es ceinture noire de danse tahitienne.

Moi, j’ai une autre vision. J’ai fait 25 ans d’aïkido, et j’avais intégré qu’on pouvait transmettre à partir du moment où on a deux grades de plus que son élève, il suffit donc d’un peu d’avance (en plus de se former !)

Combien d’années de danse faut-il avant d’enseigner ?

Si tu fais de la danse tahitienne depuis 2 ans, je t’assure que tu en sais beaucoup plus que les personnes qui confondent encore Haïti avec Tahiti ! 😄 Toi, tu le sais peut-être, mais les personnes autour de toi ne le savent peut-être pas.

Je ne pense pas qu’il faille attendre d’être experte pour transmettre son savoir. Je pense que tout le monde a des choses à enseigner. Je n’ai pas cette relation hiérarchique « moi je sais, et vous, vous ne savez rien du tout ». Et je pense qu’on vivrait dans un monde bien meilleur si on pouvait simplement tous s’échanger nos connaissances.

Avec mon fils Eden, 7 ans, c’est pareil : je vais lui transmettre tout ce que je sais, mais lui aussi va me transmettre plein de choses, plein de points de vue qui ne sont pas conditionnés par tout ce qui m’a conditionnée, moi. En fait, on s’enseigne l’un à l’autre.

Si tu vois la transmission comme ça, est-ce que tu te sens plus légitime ? Tu connais sûrement tes pas de base de danse tahitienne. Tu connais sûrement les endroits où il ne faut pas se blesser. Tu as peut-être déjà créé ta première chorégraphie. Si ce n’est pas le cas, tu vas te former sur les manques que tu as identifiés dans ton parcours.

Tu sais des trucs ? Transmets-les, donne-les.
Ne fais pas de rétention de savoir, ne garde pas les choses pour toi.

Mareva Bouchaux, prof de danse tahitienne, tend la main en souriant, couronne de fleurs sur la tête
Photo : Manon Suene Pradier

Et si je me trompe en enseignant ?

C’est super cool ! Parce que quelqu’un pourra te dire que tu t’es trompée, et tu vas pouvoir avancer comme ça – sauf si tu es susceptible et fermée à la remise en question.

C’est ce que je fais sur les réseaux sociaux. Si je dis n’importe quoi, il y a forcément quelqu’un qui va arriver en commentaire pour me dire « Oh non, c’est pas comme ça ! ». Et moi, je pourrai dire : « Trop cool, merci ! »

Et de toute façon, peu importe depuis combien de temps tu danses, tu ne pourras pas mentir sur ton niveau : ça se voit. Personne ne s’inscrit à un cours en pensant que sa prof danse depuis 30 ans alors qu’elle danse depuis 2 ans. Les gens ne sont pas bêtes quand ils s’inscrivent dans un cours : ils voient bien le niveau de la prof. Quand ça ne leur convient pas, ils ne reviennent pas, et c’est OK.
Il y en a pour tout le monde.

Bien danser, est-ce savoir enseigner ?

Évidemment, plus tu auras dansé, plus tu connaîtras de choses sur la danse tahitienne. Mais ce n’est pas parce que tu danses depuis 20 ans que tu es forcément qualifiée comme professeure. C’est là qu’on parle de pédagogie.

Quand j’ai commencé à enseigner, j’avais 19 ans. À part Joëlle Berg, qui proposait des modules pour les profs (je ne suis même pas sûre que ça existait déjà à l’époque), je ne connaissais pas grand-chose, mais j’ai eu la chance d’avoir des mentors pour répondre à mes interrogations comme Mahinui Tau à Paris.

Le Conservatoire de Tahiti forme-t-il à la pédagogie ?

Aujourd’hui, si tu vas à Tahiti, tout le monde parle de la formation du Conservatoire. Elle a lieu deux fois par an, une semaine en mai et une semaine en novembre, avec plusieurs niveaux à passer. C’est sûrement une formation très importante au niveau culturel et au niveau de la danse : il y a aussi des percussions, du chant, beaucoup de culture.

Je ne l’ai pas suivie, pour plusieurs raisons (pose-moi la question en privé si ça t’intéresse !). Mais de ce que je sais, il n’y a pas de formation pédagogique.

Qu’est-ce que la pédagogie en danse tahitienne ?

La pédagogie, c’est comment on transmet les choses : en s’adaptant (ou pas) à l’élève qu’on a en face de soi, au temps qu’on a pour enseigner, au cadre dans lequel on transmet.

J’ai baigné là-dedans depuis toute petite : mes parents étaient formateurs de profs d’aïkido, et j’ai moi-même un diplôme de coach sportif. Alors ça me choque toujours qu’il n’existe pas de formation pédagogique en danse tahitienne. Quand tu passes un brevet d’État de judo, d’aïkido ou de foot, ou un diplôme d’État de danse classique, jazz ou contemporaine, il y a des modules de formation : t’intéresser au public que tu as en face de toi pour adapter tes cours, l’anatomie… Pour une activité physique, ça me paraît normal.

Ce n’est pas parce que tu es une bonne danseuse et que tu sais tout sur la culture que tu vas savoir organiser toutes ces connaissances pour les transmettre. Ça, c’est de la pédagogie.

Mareva Bouchaux à genoux au bord de la mer, un geste de danse tahitienne pour transmettre
Photo : Manon Suene Pradier

Quelle formation suivre pour devenir prof de danse tahitienne ?

C’est pour ça que j’ai créé Transmission, ma formation pédagogique pour les profs de ʻori Tahiti. J’ai juste créé le programme pédagogique que je rêvais d’avoir à 19 ans, quand j’ai voulu lancer mes premiers cours :

  • de la pédagogie et de la conscience corporelle,
  • des consignes de sécurité,
  • des consignes de mise en place des mouvements et des techniques,
  • comment créer une chorégraphie,
  • comment mieux appréhender les problèmes de groupe dans ton école de danse,
  • et simplement, comment structurer et construire tes cours.

D’autres personnes forment aussi des profs, mais je n’ai pas de retour sur le côté uniquement pédagogique. Alors je te parle de ce que je connais.

Et si tu préfères un accompagnement sur mesure, on peut aussi travailler ensemble en coaching individuel.

Comment ouvrir ses cours de danse tahitienne ?

Aucun diplôme n’existe, ça veut dire que si demain mon père, qui a peut-être fait un paʻoti dans sa vie, voulait ouvrir ses cours de danse tahitienne… il pourrait ! Rien ne l’en empêche. À part que ça va se voir dès ses premiers pas. 😄 Mais c’est un très bon pédagogue : s’il explique bien et fait le minimum de pas, peut-être que ça ne se verra pas dans les trois premières minutes !

Donc si demain tu veux ouvrir tes cours, regarde avec toi-même : quel niveau tu as, où manques-tu de formation, et comment tu peux pallier ces manques. Et ensuite, c’est parti, simplement.

Quel statut pour donner des cours de danse tahitienne ?

Pour ouvrir une école de danse, il n’y a pas que tes connaissances et ton expérience : il faut aussi un statut juridique. Il faut te déclarer à ton compte, dire bonjour à l’URSSAF et commencer à leur verser des sous.

Pour tout ça, soit tu te formes ailleurs et tu transposes (c’est ce que j’ai fait), soit tu rejoins un réseau de profs, soit tu interroges d’autres profs de danse tahitienne pour savoir comment elles se sont mises à leur compte.

Comment continuer à se former quand on est déjà prof ?

En vrai, on ne finit jamais d’apprendre. Les personnes qui pensent que les profs de danse tahitienne ne continuent pas à se former… je ne sais pas dans quel monde elles vivent ! Toutes mes copines profs continuent à aller en stage. Certaines prennent même encore des cours chaque semaine, quand elles ont la chance d’avoir une prof près de chez elles qui les accepte, alors qu’elles donnent elles-mêmes leurs cours. Et tu peux aussi continuer à travailler ta danse chez toi avec mes 23 cours en ligne.

On peut aussi piquer des techniques à d’autres disciplines et les rapporter dans notre danse. C’est ce que je fais depuis le début : sur le rythme, j’ai piqué plein de choses à des profs de salsa et de rock. La conscience corporelle, je l’ai piquée à mes sessions d’ecstatic dance. Et énormément de ce que je transmets en danse tahitienne vient de mes 25 ans d’aïkido.

Alors ne t’inquiète pas : on continue à apprendre en tant que prof. Et on se retrouve notamment dans mes stages, où il y a toujours des profs et des élèves mélangées.

Profs et élèves réunies lors d'un stage de danse tahitienne avec Mareva Bouchaux
Workshop 2026 à Tarquinia, Italie

FAQ : devenir prof de danse tahitienne

Faut-il un diplôme pour enseigner la danse tahitienne en France ?

Non. Le diplôme d’État de professeur de danse n’est obligatoire que pour la danse classique, contemporaine et jazz. Il n’existe aucun diplôme officiel de ʻori Tahiti : ta légitimité vient de ton expérience, de ta formation et de ta pédagogie.

Combien d’années de danse faut-il avant d’enseigner le ʻori Tahiti ?

Il n’y a pas de règle. Pour moi, on peut transmettre dès qu’on a un peu d’avance sur l’autre. L’important, c’est d’être transparente sur ton niveau, et de repérer où tu manques de formation pour y remédier.

Le Conservatoire de Tahiti forme-t-il à la pédagogie ?

La formation du Conservatoire de Tahiti (une semaine en mai, une en novembre) est très riche en danse et en culture. Mais de ce que je sais, elle ne comprend pas de formation pédagogique.

Quelle formation suivre pour devenir prof de danse tahitienne ?

Une formation qui t’apprend à transmettre : pédagogie, sécurité, conscience corporelle, construction de cours. C’est ce que je propose dans ma formation Transmission.

Quel statut pour donner des cours de danse tahitienne ?

Il faut te déclarer à ton compte (par exemple auprès de l’URSSAF). Échanger avec d’autres profs de danse tahitienne est une bonne façon de savoir comment elles se sont lancées.

Et toi, qu’est-ce qui te retient d’enseigner ?

Si tu veux parler du programme Transmission, ou de modules qui pourraient parfaire ta formation de prof, et voir si ça te correspond, tu peux me contacter.

Et si cet épisode t’a plu, s’il t’a été utile ou s’il t’a fait du bien, dis-le-moi en commentaire ! Deux nouveaux épisodes sortent chaque mois. On se retrouve sur Instagram ou ici, sur marevabouchaux.com.

Nana ! 🌿

Avec beaucoup d’amour,
Mareva

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